Juger une personne issue de l'immigration maghrébine dans un contexte judiciaire : effets des stratégies d'acculturation, de l'orientation à la dominance sociale et du sexe.
Établissement de soutenance : Université de Tours, 2022
Pagination : 225 p.
Thème : Immigration-Interculturalité
Mots-clés : Justice ; Immigration ; Maghrébin ; Acculturation ; Pouvoir ; Sexualité ; Stéréotype ; Islam ; France ;
Discipline : Psychologie
Région de soutenance : Centre-Val de Loire
Directeur(s) : Combalbert, Nicolas et Thaillandier-Schmitt, Anne
Numéro national : 2022TOUR2013
Permalien Sudoc : https://www.sudoc.fr/273096761
Accès au texte intégral : http://www.theses.fr/2022TOUR2013/document
Résumé : En France, les immigrés d'origine maghrébine sont généralement associés à des stéréotypes négatifs : les hommes sont appréhendés au travers des problématiques de violence et de délinquance, les femmes sont moins visibles sur la scène sociale et sont assimilées à une forme de victimisation. La menace liée au terrorisme international a semble-t-il favorisé le maintien, voire l'accroissement des préjugés à leur encontre, en soutenant le lien entre culture maghrébine et Islam. Peu de recherches en France ont porté intérêt à l'analyse des jugements envers les personnes issues de l'immigration maghrébine dans un contexte judiciaire, alors même que ce groupe social est assimilé à une forme de menace. De plus, bien que les femmes migrantes représentent un enjeu tant au niveau de l'intégration des immigrés que de la place des femmes dans la société, peu d'études à notre connaissance ont été menées sur les perceptions de la population générale à leur égard. La justice est un lieu de traitement des conflits sociaux au sein duquel se rejouent les rapports de domination. L'institution judiciaire est aujourd'hui influencée par les médias de masse, à travers lesquels les citoyens s'emparent de l'acte de juger. Dans cette perspective, cette thèse vise à étudier les facteurs pouvant être impliqués dans les jugements émis à l'encontre d'une personne immigrée, présentée dans un contexte pénal. Plus spécifiquement, nous nous intéressons aux rapports sociaux en termes de genre et d'ethnicité, à travers les stratégies d'acculturation (Berry, 1980, 1989, 2005 ; Bourhis et al., 1997), l'orientation à la dominance sociale (ODS, Duarte et al., 2004 ; Pratto et al., 1994) et le recours aux stéréotypes (Cuddy et al., 2007 ; Fiske et al., 2002). Dans la première partie de cette thèse (études 1 et 2), il s'agit d'examiner les jugements à l'égard d'une femme maghrébine qui a commis une agression. L'étude 1 porte sur l'effet des stratégies d'acculturation de l'agresseure et le niveau d'ODS des participants. Sur un échantillon de 207 étudiants, les résultats montrent que ne pas adopter la culture française ou conserver sa culture d'origine induit des jugements plus négatifs de la part des participants, particulièrement s'ils présentent un niveau d'ODS élevé. La deuxième étude examine l'effet du sexe des participants et les interactions avec ces mêmes variables sur la perception de l'agresseure et sur l'acte commis, sur un échantillon de 132 hommes et 145 femmes. Les résultats mettent en évidence que les hommes ont globalement des jugements plus sévères à l'égard de l'auteure présumée que les femmes, et que ne pas adopter la culture française représente pour eux une circonstance aggravante. Dans cette étude, l'ODS médiatise l'effet du sexe sur la perception de l'agresseure. La deuxième partie de la thèse (études 3 et 4) propose l'étude des perceptions des membres de la communauté d'accueil (402 participants) à l'égard d'un terroriste présumé, dont le profil varie selon son origine ethnique (Maghrébin vs. Français) et le sexe (homme vs. femme). Les résultats de l'étude 3 montrent que l'homme d'origine maghrébine est plus sévèrement puni par les participants que les autres profils de terroristes présumés. Ils révèlent également l'impact du contenu des stéréotypes et les effets de l'ODS sur les jugements. L'étude 4 considère spécifiquement le fondamentalisme religieux perçu et ses effets sur le jugement. Les résultats montrent que cette mesure est corrélée aux attitudes punitives sévères et qu'elle médiatise l'effet de la dominance sociale sur les jugements. D'une manière générale, ces travaux de thèse soutiennent la nécessité de prendre en compte les inégalités suscitées par le recours aux stéréotypes dans les jugements portés à l'égard des groupes minoritaires. Ils sont analysés au regard de la littérature existante et ont permis une discussion sur la place des femmes migrantes, sur les inégalités en contexte pénal, et sur les relations intergroupes.